Pourtant, le monde d’aujourd’hui exige une acquisition continue des nouveaux savoirs qui repose sur deux piliers : L’école et l’université. Or, beaucoup considèrent qu’elles sont en crise.
Aussi convient-il, sans prétendre à l’exhaustivité, de mettre en valeur quelques chiffres clés (I) avant de dresser un rapide tableau de l’enseignement primaire et secondaire.
La paupérisation qui touche l’enseignement supérieur (II) mérite de s’y arrêter tant elle hypothèque sérieusement l’avenir de notre pays. Un sursaut est désormais inévitable (III).

I – L’enseignement primaire et secondaire :

La sociologie des élèves et de leurs parents, les exigences des familles à l’égard de l’école, les objectifs assignés à cette dernière, fondent un paysage en complète recomposition que l’Education Nationale a bien du mal à assimiler.

1.1 Beaucoup de jeunes en situation d’échecs :

Le Haut Conseil de l’Education avouait en 2007 :

« Quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines. »

De même, 150 000 jeunes (20 % d’une classe d’âge) quittent chaque année le système éducatif sans qualification.

De nombreux acteurs de l’Education nationale sont conscients de cette réalité et celle-ci, loin de s’améliorer, se dégrade depuis quinze ans.

1.2 Malgré des moyens conséquents :

La dépense intérieure d’éducation «progresse plus vite que le Produit Intérieur Brut (PIB) depuis un quart de siècle». Depuis les années 1990, la dépense intérieure d’éducation a doublé en volume.

Aujourd’hui, le budget du Ministère de l’Éducation constitue le premier poste de dépenses de l’État : 21 % de celles-ci en 2010.

60,5 milliards d'euros ont été inscrits dans la loi de finances 2011 pour les programmes de la mission enseignement scolaire. Cela représente une progression de + 1,6 % par rapport à 2010.

94 % des 60,5 milliards d’euros sont des dépenses de personnel. Les crédits sont répartis de la façon suivante :
Dépenses pour l'enseignement

Pour autant, avec un budget bien supérieur à celui des autres pays de l’Union Européenne dans le secondaire, l’enseignement ne souffre pas d’un manque de moyens. En revanche, ceux-ci sont particulièrement mal employés (notamment au profit des petites classes pour l’apprentissage de la lecture), ce qui justifie parfois le malaise des enseignants…

Quel est le mal profond et non le mal apparent ?
Comment expliquer qu’en 50 ans, la situation se soit écroulée à ce point ?


1.3 Une doctrine démobilisatrice :

Au commencement était … Pierre Bourdieu (1930-2002). En collaboration avec Jean-Claude Passeron, ce sociologue jeta les bases d’une nouvelle doctrine de l’enseignement avec la rédaction de deux ouvrages : Les Héritiers en 1964 et La Reproduction en 1970.

Selon lui, l’instruction publique (qui repose sur une égalité formelle : tout le monde a accès aux mêmes diplômes) contribue à perpétuer les hiérarchies sociales établies. Elle repose sur la transmission de connaissances, ce qui favorise les familles les plus aisées (financièrement et culturellement). A ses yeux, la méritocratie n’est donc qu’un leurre agité par les puissants…

Sa sentence est donc sans appel : Si l’école est un facteur de reproduction sociale, il faut la changer pour, enfin, révolutionner la société.

Cette théorie, en 1968, correspondait également à une époque de transgression morale particulièrement vive. C’est ainsi que progressivement mais sûrement, l’école ne sera plus (forcément) le lieu de transmission du savoir.

D’aucuns préconiseront la fin des dictées « véritable violence infligée à l’enfant ». D’autres prôneront l’Observation Réfléchie de la Langue, en remplacement de la grammaire, orthographe, conjugaison, lecture. Certains feront en sorte que l’Histoire ne soit plus au programme, que les notes et classements, symboles d’une société réactionnaire, soient prohibés, etc…

Dans son livre Journal d’une institutrice clandestine, Rachel Boutonnet relate ce que les formateurs de l’IUFM conseillaient d’enseigner à l’élève :

« L’objectif n’est pas de lui apprendre des choses mais de l’aider à construire ses savoirs en les faisant émerger. »

Voilà en partie, les causes du désordre que nous constatons tous !


1.4 Le malaise de beaucoup d’enseignants :

Jadis, considéré comme un modèle d’ascension sociale, le métier d’instituteur est aujourd’hui nettement moins valorisé.

En août 2009, à la question « Avez-vous le sentiment que le métier d’enseignant en école maternelle et élémentaire est plutôt valorisé ou plutôt dévalorisé aux yeux de la société française ? », 59 % des Français ont répondu « plutôt dévalorisé ».

Comment les enseignements motivés évoquent leur métier ? Nombreux sont ceux qui énumèrent, d’une manière ou d’une autre, les critiques suivantes :

  • Pas de perspectives d‘évolution ;
  • Peu de reconnaissance ;
  • Une certaine infantilisation de la part de l’administration ;
  • Des rémunérations peu attractives.

A ce propos, une étude portant sur « la situation salariale des enseignants » réalisée en 2008 par le syndicat SNES- FSS pointait la dégringolade suivante :

  • En 1981, un professeur certifié gagnait 2 SMIC mensuel ;
  • En 2008, un professeur certifié gagnait 1,2 SMIC mensuel.

Dans le même ordre d’idée, Jacques Marseille mentionnait dans le Point du 17 septembre 2011 :

  • En 1983, un instituteur gagnait 61 % de plus que le SMIC ;
  • En 2008, un instituteur gagnait 22 % de plus que le SMIC.
Des résultats scolaires plus que médiocres, des moyens financiers hors de proportion avec ce que les marges de manœuvre budgétaires peuvent permettre, des enseignants à cran, des jeunes abandonnés à leur triste sort : Est-ce digne d’un pays dont la première priorité est l’Education ?


II – L’enseignement supérieur et la loi LRU :

Nul ne peut nier l’importance que revêtent la recherche et l’enseignement supérieur pour le développement d’un pays.

Certes, le nombre d’étudiants en Université est passé de 660 000 en 1970 à 1 500 000 au début des années 2000. Mais, nous l’avons vu plus haut, la dépense par étudiant en France est la moitié de celle des Etats-Unis.

Ce retard préoccupant à une conséquence mécanique : La 1ère université Française se situe au 45ème rang du classement de Shanghai(1). Pour se doter d’infrastructures universitaires à la hauteur de la compétition mondiale, deux mesures ont été prises :

  • Rassembler dans un seul ministère : l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ;
  • L’adoption de la loi du 10 août 2011 LRU : « loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités ».


2.1 L’Autonomie…Mais l’Etat continue d’être omnipotent !

Afin de s’affranchir du pilotage à vue de la bureaucratie, les universités étaient demandeuses d’autonomie pour professionnaliser leur gouvernance et leur gestion.

C’est désormais chose faite avec les dispositions de la loi LRU qui leurs confèrent désormais des « Responsabilités et Compétences Élargies » (R.C.E). Elles se traduisent par une autonomie sur le plan de la Gestion des Ressources Humaines, du pilotage financier, de la gestion des biens immobiliers. Néanmoins, l’État a bien du mal à se départir de ses prérogatives. A telles enseignes qu’Yvon Berland, Président de l’Université de la Méditerranée s’exclamait récemment :

« Les universités ont la capacité de gérer leur autonomie. Qu’on nous fasse un peu confiance ! Pourquoi nous demander de faire certifier nos comptes si c’est pour nous soumettre au contrôle des agents comptables de Bercy et du recteur d’académie. Tout se passe comme si l’Etat nous retirait d’une main toute l’autonomie qu’il nous a donné de l’autre » (Liaisons sociales magazine n°124).


2.2 Le financement ? Tout n’est pas réglé …

=> L’autre grand objectif de la loi est de diversifier les sources de financement. Cette loi permet aux universités de créer des fondations levant des fonds privés, notamment auprès des entreprises.

Pour l’heure, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous. Les sommes versées par les entreprises avoisinent les 68 millions d’euros (environ 1% du budget des universités). La France continue de souffrir de sa vision étatique de l’enseignement, suspicieuse à l’égard de l’entreprise.

Evidemment, on ne peut que souhaiter une révolution culturelle afin qu’un rapprochement s’opère entre l’université et les entreprises. Il en va de l’avenir à long terme de l’économie française.

=> Le législateur, avec la loi LRU, a initié un mouvement salutaire. Pour autant, cette loi laisse pendant des enjeux essentiels : L’accueil des publics étrangers, les adultes qui reprennent des études, la pédagogie.

De même, les principes de quasi-gratuité et de non-sélection n’ont pas été remis en cause par la loi LRU. Certes, ces tabous partent d’un sentiment généreux. Mais, est-ce bien la voie à suivre ?

Surtout, la France ne règle pas le problème pourtant dramatique, du sous-financement de l’enseignement supérieur.

Évidemment tant que certains soutiendront que la mission des universités consiste à donner accès à une culture générale sans se soucier des débouchés professionnels, rien ne changera. Surtout pas la performance de 11 % de diplômés de l’enseignement supérieur toujours au chômage après la fin de leurs études (Rapport du recteur Patrick Hetzel – 24 octobre 2006).

III – Explorons rapidement quelques pistes pour sortir l’enseignement de l’ornière :

3.1 Se donner des objectifs concrets et mesurables :

  1. Eradiquer l’illettrisme : L’encadrement en cours préparatoire ne peut être le même que dans les classes suivantes.
  2. Une formation qualifiante pour la quasi totalité des élèves ;
  3. Un enseignement supérieur adapté à une économie mondialisée où la France devra redevenir compétitive.

3.2 Evaluer de manière objective et transparente tous les établissements scolaires.

3.3 Revaloriser l’image des enseignants :

Cela passe par un retour à une discipline stricte sans laquelle, il est illusoire de vouloir bâtir quoi que ce soit. Ensuite, ne nous voilons pas la face, tant qu’un enseignant ne sera à peine mieux rémunéré qu’un manœuvre, le souhait de redorer le blason de cette profession ne demeurera que du bla-bla…

3.4 Revenir à des principes de bons sens, suscitant l’effort et le mérite :

  • Remettre en vigueur le classement des élèves, synonyme d’émulation.
  • Favoriser une plus forte intégration des entreprises et considérer l’enseignement professionnel (apprentissage, alternance) comme une voie à part entière et non comme une orientation par l’échec scolaire.

3.5 Créer un statut d’autonomie pour les établissements scolaires :

Notre système, excessivement centralisé, annihile toutes innovations qui sont pourtant génératrices de progrès. Il est grand temps de sortir des carcans de la bureaucratie et laisser les gens de terrain assumer leurs propres responsabilités (organisation pédagogique, recrutement de professeur, partenariat avec l’international, relations avec les entreprises locales).

3.6 Vers une liberté de choix des familles ?

Dans une économie aujourd’hui mondialisée, où la concurrence est aussi celle des qualifications, où la variété des savoirs est aujourd’hui démultipliée, où les spécialités recherchées par l’élève sont très étendues, la planification des affectations scolaires est probablement désuète. Peut être est-il temps de permettre à chaque famille de s’adresser à l’établissement de son choix ? Si tel devait être le cas, il conviendrait que les établissements en question perçoivent une dotation de l’Etat proportionnel aux nombres d’enfants scolarisés.

Enfin, l’enseignement doit cesser d’être l’otage des idéologues. Dans l’Antiquité, les Spartiates retiraient l’enfant de sa famille pour « le dresser » et « le sacrifier » à la société. Durant le XXème siècle, d’autres idéologies totalitaires voulurent en faire autant …

Au contraire, l’enseignement doit avoir pour objectif la transmission des savoirs, c'est-à-dire l’instruction. Cet objectif qui est celui du bien commun doit, bien sûr, être supervisé par l’Etat. Mais, dans le choix des moyens, chacun doit être libre de choisir entre les écoles publiques ou privées (sous contrat ou hors contrat).

Quant à l’éducation, dans une société équilibrée respectueuse des droits et des devoirs de chacun, elle incombe aux familles. Cela passe irrémédiablement par une grande prise de conscience et le sens des responsabilités.


1- Classement de Shanghai : Classement académique classant des institutions universitaires selon un nombre restreint d’indicateurs quantitatifs pour établir une hiérarchie selon le modèle d’une ligue des champions. (Wikipédia)

David DALLOIS - le 2 novembre 2011